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DUCLAUX Alice
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Texte lu sur la tombe d’Alice Duclaux le 21 août 2007 à Andance
De la part des enfants d’Alice. Traduit et adapté d’après Erri de Luca : « Il contrario di uno ».
Maman,
en toi j’ai traversé les ères illimitées de l’évolution
j’ai été albumine, œuf, poisson,
hors de toi, mes jours sont comptés.
En toi je suis passé de cellule à squelette
j’ai grandi un million de fois
hors de toi ma croissance s’est ralentie.
Je suis né de ta plénitude
sans te laisser de vide
car le vide, je l’ai emporté avec moi.
Je suis arrivé nu, tu m’as couvert
tu m’as appris la nudité et la pudeur
le lait et son absence.
Tu m’as mis en bouche tous les mots, à la petite cuillère,
sauf « maman » que j’ai inventé en faisant claquer mes lèvres.
De toi, j’ai appris les bruits et les voix autour de moi
j’ai appris les chansons et les injures
j’ai appris à conjurer le sort.
De toi j’ai écouté mon premier livre
dans la fièvre de la rougeole.
Tu m’as appris que deux n’est pas le double, mais le contraire de un,
le contraire de la solitude.
Je t’ai aidé à vomir, à réchauffer ton riz,
à écrire une lettre, à allumer le feu, à finir les mots croisés,
je t’ai versé du vin et j’ai taché la table.
je ne t’ai pas fait frapper à la porte d’une prison, pas encore.
De toi, j’ai appris le deuil et quand le finir.
De toi, j’ai pris tes yeux clairs.
A toi, j’ai tout caché.
J’ai promis de brûler ton corps, pour ne pas l’abandonner à la terre.
Je te disperserai au vent, après l’averse,
quand viendra l’arc-en-ciel,
qui faisait s’écarquiller tes yeux de bonheur. |
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